J’ai avalé mon histoire comme j’ai mangé la tienne, Poète, Sculpteur ou Peintre d’éternité au présent… Quel repas, dis-tu, avons-nous partagé ? À quand, et avec qui , le prochain ? On verra... On lira ... | Marie-Thérèse PEYRIN - Janvier 2015
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ETATS DES YEUX | Mai 2024 | Ajustements d'images | LES HEURES PLEINES | Semaine 22 | Printemps

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Il y a des choses qui occupent tellement leur place

qu'elles parviennent à se déplacer elles-mêmes

et repoussent tout alentour,

comme d'invraisemblables créatures qui débordent de leur peau

et ne peuvent se réabsorber.

 

Ainsi parfois la poésie ne me laisse pas écrire.

L'écriture reste alors écrasée

comme la pâture sous un gros animal.

Et il n'est possible de recuellir que peu de paroles

piétinées dans l'herbe.

 

Mais tout poème n'est qu'un balbutiement

sous le balbutiement sans fin des étoiles.

 

Roberto JUARROZ, Treizième poésie verticale

 

 

En Janvier je notais : Le silence est une voie d'attente que j'ai choisie sur ce thème précis : la mort des gens que j'aime.

 

Tout va trop vite désormais. C'est ma vie tout entière qui glisse vers un certain silence. L'anecdote quotidienne ne fait pas le poids face à ce qui se trame et qui engloutira tout. Mais le paradoxe surgit, étonnamment rebelle, celui de ma joie de vivre, constellée de petits miracles. La vie autour regorge de circonstances plus ou moins heureuses qui défilent comme des comètes. Au loin, le drame des guerres, si proches mentalement par tous les récits familiaux et les témoignages incessants qui pullulent dans les livres et les reportages. L'humain ne sait pas rester en paix pour attendre sa propre mort et il l'inflige aux autres de toutes les manières. Mort physique, mort sociale, mort spirituelle, toutes les morts s'additionnent et ne reste que le silence sépulcral que tout le monde fuit. Du bruit partout et en toute impunité, les décibels sont semés et récoltés comme du blé dru, leurs grains éclatent sous la pression des amplificateurs. C'est la grand moulineuse à sons inarticulés mêlés aux paroles vaines qui nous étourdit et nous égare dans le présent. Apprendre à chercher le silence demande du courage et un renoncement sans repentirs. J'ignore si j'en suis capable encore. Et pourtant, je savoure l'absence de mots et d'histoires dans une forêt qui n'est même pas comptable de son destin. Chaque arbre tait sa propre histoire, il se laisse dévorer et décimer sans commentaire. Il n'y a pas plus déchirant que le craquement sinistre d'un arbre percuté par la hache électrique qui  s'effondre de toute sa hauteur au milieu des siens. L'arbrisseau n'a pas la main sur ce qui conditionne sa croissance hormis cette propension à la survie séminale nichée au coeur de ses racines. Et que dire à l'échelle humaine, sur toutes ces populations déracinées qui  n'ont pas comme moi la possibilité de s'arrimer au passé et de pouvoir secrètement le visiter au fil de souvenirs vibrants.

 

Racines Pilat